Maintenir ou couper son chauffage en cas d’absence de courte durée ?

Sommaire

Vous vous êtes sans doute déjà posé la question de la réduction du coût du chauffage de votre logement. Comment réduire votre consommation et votre facture énergétique ?

La première mesure à adopter consiste à réduire la température cible du système de chauffage. Comme l’indique l’ADEME, réduire de 1 °C la température à laquelle vous vous chauffez peut permettre de réduire de 5 à 10 % votre facture énergétique. Les pertes thermiques sont alors plus faibles et votre chauffage consomme moins.

La seconde mesure, et c’est celle sur laquelle cet article se concentre, consiste à couper ou réduire le chauffage lorsque le logement est inoccupé, même lors de courtes périodes.

Prenons une situation simple et régulièrement rencontrée. Vous êtes dans un bureau et décidez de le quitter, le temps de votre pause déjeuner par exemple. Quelle est l’option la plus économique ? Faut-il couper le chauffage et le rallumer à votre retour ? Ou bien est-il préférable de le maintenir en votre absence pour éviter d’avoir à réchauffer la pièce à nouveau ?

Voilà les questions auxquelles nous allons répondre dans cet article.

Constat

Sur le net, plusieurs articles tentent de répondre à ces questions. Aucun n’avance de source ou d’explication argumentée. (Si toutefois vous avez vent d’un cas contraire, n’hésitez pas à déposer le lien en commentaire.) Le présent article a pour but de remédier à ce manque d’information.

Bien souvent, les explications font état de l’inertie thermique de la pièce (capacité de la pièce à stocker la chaleur) et de son isolation (capacité de la pièce à ne pas laisser s’échapper la chaleur).

Comme vulgarisé dans cet article SPLAC, il est tout à fait vrai que l’inertie et l’isolation d’une pièce vont jouer sur la vitesse à laquelle va varier la température en son sein. En revanche – « spoiler alert » – il est faux de dire que l’intérêt de couper le chauffage va dépendre de ces deux paramètres.

Toujours sur le net, les préconisations indiquent qu’il faut bien isoler sa maison et faire attention à ce qu’elle ne se refroidisse pas trop car la réchauffer consommerait trop d’énergie. Presque tous les articles concluent qu’il est préférable de baisser la consigne à 14 °C plutôt que de laisser le logement se refroidir complètement. Pourquoi cette valeur ? Pourquoi ne pas couper complètement le chauffage ? Mystère…

Pour commencer à répondre à ces questions, imaginons les scénarios suivants.

Les scénarios

Pour répondre à la question : « Faut-il couper ou maintenir le chauffage en l’absence d’occupant ? », comparons plusieurs scénarios.

Imaginons un occupant dans une pièce chauffée et maintenue à température constante. L’occupant s’absente pendant un certain temps. Trois options s’offrent alors à lui :

  • Laisser le chauffage en route. Le chauffage va maintenir la température de consigne dans la pièce et consommera une certaine quantité d’énergie pour cela.
  • Couper le chauffage. La température dans la pièce va chuter et la consommation d’énergie sera nulle.
  • Réduire la température de consigne. La température va chuter dans une moindre mesure puis le chauffage consommera un peu d’énergie pour maintenir cette nouvelle température constante.

A son retour, l’occupant souhaite de nouveau obtenir la température de consigne initiale, selon l’option choisie dans le paragraphe précédent, l’un des 3 cas de figure suivant doit être réalisé :

  • La température de consigne a été maintenue, il n’y a rien à faire.
  • La température a fortement chuté, il faut chauffer fort et longtemps pour remonter à la température de consigne souhaitée.
  • La température a faiblement chuté, il faut chauffer fort mais peu de temps pour revenir à la température de consigne initiale.

Remarquons que les deux derniers scénarios peuvent être réalisés de deux manières différentes :

  1. Mode manuel : Le chauffage n’est rallumé qu’au retour de l’occupant.
  2. Mode smart : Le chauffage est rallumé intelligemment de sorte à ce que la température de consigne soit de nouveau atteinte au retour de l’occupant.

Notons tout de suite que le mode smart sera thermiquement plus confortable car l’occupant réintégrant la pièce n’aura pas à attendre que la température de consigne soit de nouveau atteinte. En revanche, le mode smart n’est réalisable que si la durée de l’absence est connue à l’avance. En fonction d’horaires de bureau par exemple. Ou si le chauffage peut être commandé à distance.

La question ultime est donc de savoir lequel de ces 3 scénarios est le plus intéressant et dans quel mode ? Lequel consomme, au global, le moins d’énergie ?

Pour connaitre la réponse, les 5 scénarios ont été modélisés mathématiquement afin d’obtenir des données dans des conditions comparables. Les lecteurs les plus curieux sont invités à découvrir l’article SPLAC qui détaille le modèle numérique créé pour l’occasion avec ses hypothèses et ses limites de fonctionnement.

A titre d’illustration, voici les évolutions des températures de la pièce pour les trois scénarios envisagés.

1-comp manuel
Comparaison des 3 scénarios en mode manuel

En mode manuel, le chauffage est rallumé au retour de l’occupant. Selon la température à laquelle la pièce s’est rafraichie, la remontée en température est plus ou moins longue.

2-comp smart
Comparaison des 3 scénarios en mode smart

En mode smart, le chauffage est rallumé de telle sorte que la température de consigne soit atteinte au retour de l’occupant.

Le résultat

Mettons fin au suspense tout de suite. Contre toute attente, les résultats obtenus viennent contredire l’idée fortement répandue sur le net selon laquelle il est préférable de réduire le chauffage plutôt que de le couper totalement.

Comme vous l’avez compris, les 3 scénarios du mode manuel ne se terminent pas en même temps puisque la température de consigne n’est pas retrouvée au même instant. Pour comparer équitablement les trois scénarios du mode manuel, il est donc nécessaire de sommer les énergies consommées lors des différentes phases sur une plus grande durée que juste celle de l’absence.

Pour ce faire, un scénario de base est considéré. Il s’agit d’une montée en température, d’un maintien puis d’un refroidissement. Au cours du maintien en température, l’un des scénarios d’absence est réalisé, au niveau de la zone mise en évidence par un cercle rouge.

3-base
Scénario de base au cours duquel l'occupant s'absente de la pièce

Le modèle permet donc d’obtenir 5 courbes pour les trois scénarios dans les deux modes manuel et smart. Le scénario 1 est identique dans les deux modes.

4-tous
Différentes courbes obtenues

Les comparaisons énergétiques des trois scénarios dans les deux modes sont présentées dans les histogrammes suivants.

Pour rappel :

  • Scénario 1 : Chauffage maintenu
  • Scénario 2 : Chauffage coupé
  • Scénario 3 : Chauffage réduit
5-histo manuel
Energies dépensées en mode manuel
Energies dépensées en mode smart

Ces histogrammes se lisent de bas en haut. La pièce est d’abord chauffée puis maintenue à la température cible constante pendant deux heures. Ensuite, les différents scénarios sont réalisés et les valeurs diffèrent. Enfin, la température cible est à nouveau maintenue constante.

L’énergie consommée entre le départ de l’occupant et le retour à la température cible est comprise entre les deux zones gris clair.

Il est intéressant de noter que quel que soit le mode utilisé (smart ou manuel), le fait de couper le chauffage (scénario 2) est bien la solution qui va consommer le plus d’énergie dans la phase de remontée en température.

En revanche, cette consommation est plus faible qu’un maintien en température pendant l’absence (scénario 1) ou bien qu’un maintien à plus faible température ajouté à une remontée en température (scénario 3).

Il est aussi amusant de noter que le mode smart consomme plus d’énergie que le mode manuel ! Et oui, cela est dû au fait que pour une même durée d’absence, le chauffage est rallumé plus tôt en mode smart. Cette surconsommation reste toutefois intéressante pour le confort thermique de l’occupant. Rappelons ici qu’en plus de pouvoir programmer le chauffage, il faut connaitre les horaires d’absence à l’avance ce qui n’est pas toujours possible.

Une autre manière de visualiser ces résultats est d’observer l’énergie dépensée cumulée en fonction du temps. Les graphiques suivants présentent les résultats.

7-cumul manuel
Energie dépensée en fonction du temps - Mode manuel
8-cumul smart
Energie dépensée en fonction du temps - Mode smart

Sur ces graphiques, il apparait clairement que couper le chauffage permet de réduire la consommation globale d’énergie. Couper le chauffage permet d’introduire un plateau et de limiter la croissance de la dépense énergétique.

Ce résultat n’est pas évident et va à l’encontre des idées généralement répandues. Pour vous en convaincre, lisez l’article SPLAC explicitant le modèle utilisé et prouvant qu’il ne s’agit pas d’un simple cas particulier qui est illustré ici.

Limites du raisonnement

Le principal résultat est donc qu’il est toujours préférable de couper son chauffage même pour une courte durée. Bien que pertinent et intéressant ce résultat est à considérer dans certaines limites :

  • En dehors des préoccupations énergétiques et économiques, maintenir un logement chauffé peut être pertinent pour le protéger des effets de l’humidité et du froid (moisissure, gel…).
  • Si le système de chauffage a une inertie de plusieurs heures (radiateurs en fonte, planché chauffant…) il est nécessaire de prendre en compte ce déphasage dans le contrôle de la température et donc d’anticiper les absences. Ceci est possible pour des alternances jour/nuit ou des absences récurrentes en journée comme aller au travail mais c’est beaucoup moins le cas pour une absence non prévue. De par leur faible inertie et leur rapidité de chauffage, les pompes à chaleur eau/air ou air/air ou encore les radiateurs électriques sont très simples à couper pour faire des économies.
  • Bien que plus couteux, le mode smart reste intéressant pour son surcroit de confort d’ambiance climatique.

Conclusion

Vous savez maintenant comment agir pour réaliser des économies avec votre chauffage. C’est très simple, il suffit de l’arrêter. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire de se demander si cela va valoir le coup. Energétiquement, cela vaut toujours le coût !

Si vous aussi vous êtes surpris par le résultat, alors approfondissez le sujet en lisant cet article. Si vous n’êtes pas d’accord avec le raisonnement, n’hésitez à participer au débat en laissant un commentaire ou en envoyant un mail.

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